Ces Quelques Fleurs du mal ...               

vendredi16 mars 2007 par Annabelle Hautecontre

Pour le 150ème anniversaire de la première parution du chef-d’œuvre de Baudelaire, voici un livre-objet d’une rare beauté.

Sophie Verbeek est membre de Doigts Noirs. Un collectif de calligraphes qui travaillent à inventer de nouvelles formes picturales. Née en 1962 et destinée à une carrière commerciale, et quitte tout pour se tourner vers le monde artistique. C’est en 1996 qu’elle s’initie à la calligraphie contemporaine. Sur les conseils de l’artiste belgeRoger Willems elle découvre sa vocation. Se plongeant un beau jour dans le recueil de Baudelaire, elle a une révélation. Un choc. Les mots la nourrissent. Les jours passent. Les semaines. Les mois. L’envie prend corps. Le désir s’épanouit. La fusion des mots et des formes donnèrent 42 calligraphies magistrales. Les mots furent le terreau de la recherche. La sensualité le paravent du rêve. La couleur le reflet de l’angoisse.

Usant de plusieurs techniques et de styles différents, Sophie Verbeek traduit le spleen baudelerien. Dans une symphonie truculente elle nous livre les éclairs du soufre. Dans ce gouffre qu’est Les Fleurs du Mal elle a su y tremper sa plume sans y laisser son âme. Fascinée par l’homme de lettres, elle se nourrira de son authenticité pour nous donner à réfléchir sur ses tracés ici exposés. Des cauchemars de Baudelaire, Sophie Verbeek tirera la beauté exorcisée. Car, si le poète est sceptique, il n’en demeure pas moins lucide. L’ironie de ses écrits ne nous ferme pas la porte du ciel. D’ailleurs ne l’interroge-t-il pas lui aussi ?

Travaillant essentiellement sur le bois et le papier, Sophie Verbeek parvient à ancrer ses calligraphies dans un univers brut. On est très loin des enluminures ou des soieries. Ici prévaut la réalité. Le tourment. La luxuriante volupté des images. Les planches en couleurs démontrent son attachement à Hartung. L’aquarelle qui sous-tend la calligraphie ouvre une autre porte. La lecture devient tridimensionnelle. Le poème. Le fond. La calligraphie. Alchimie tendre ou obscure. Parallèle ou distorsion. Fantasme ou griffure. Les sentiments s’animent comme les dessins. Ou devrai-je dire que les dessins ont des sentiments ? Nul doute qu’il se passe quelque chose. Ame sensible, attention au choc de l’après. Il y a un impact. L’inconscient vacille. D’emblée ou plus tard. Un livre vivant à accompagner lentement. De préférence avant de dormir. Pour mieux s’imprégner dans les limbes du sommeil des innombrables possibilités qu’il offre. Subterfuge à la mélancolie. Voyage à l’autre bout de soi-même. Abstraction.

 

 
Au Coeur des mots - Valérie Monin              Le Dauphiné Libéré

 Samedi 17 mars 2007                                   

                                                                                             

 

Deux ans d'un travail long et minutieux. C'est le temps qu'il a fallu à la calligraphe Thoirysienne Sophie Verbeek pour réaliser "Quelques fleurs du mal"...Après le concours du Meilleurs Ouvrier de France, les expositions, les participations à divers manifestations, il ne manquait plus qu'un livre à son inventaire. Un ouvrage qui, comme le titre le laisse entendre, tourne autour des poèmes de Charles Baudelaire : " J'ai rencontré ce poète tard dans ma vie d'adulte", explique Sophie qui, de part ses études en Angleterre, connaissait beaucoup mieux Shakespeare. "J'ai tout de suite été touchée par son authenticité, sa vérité, son côté mystique. Je me suis nourrie de cette poésie pendant plusieurs mois."

Cette découverte lui inspire des tableaux qui ont été exposés à Genève en 2004. Et puis, les hasards de le vie ont mis Sophie sur la route des Éditions Alternatives, qui proposent justement une collection consacrée à la calligraphie.

Pas seulement de la belle écriture

La jeune femme est alors amenée à compléter son oeuvre baudelairienne dans le but d'être publiée : " J'ai choisi quelques poésies qui m'ont plus touchées que d'autres. Après une lecture très approfondie de ces poésies, j'ai choisi un mot, une phrase, un paragraphe et j'ai tenté une fusion intime entre le texte et l'image. je vais au cœur des mots pour prendre une émotion." Plus encore, l'artiste souhaitait que le public se fasse une autre idée de la calligraphie, en vogue actuellement grâce à l'explosion des arts créatifs : " La calligraphie, ce n'est pas uniquement de la belle écriture. On peut aller au-delà, en interprétant une émotion à partir d'un geste graphique." Ainsi, les lecteur d'une Charogne "pourront presque sentire "cette pourriture" et entendre "les mouches" bourdonner "sur ce ventre putride" grâce à la plume de la calligraphe qui trace cette fois, des mots illisibles "pour créer une émotion", pour évoquer les entrailles constellées d'insectes. "Mais je ne suis pas obsédée par l'affreux", s'empresse de préciser Sophie Verbeek . Des pages beaucoup plus colorées s'intercalent avec des oeuvres composés de bois, de papiers frottés, de dorure, d'aquarelle. Et toujours, ces mots sorti du texte : " J e suis dans l'abstrait, le conceptuel, dans l'évocation et le monde imaginaire. Le lecteur doit chercher un peu pour découvrir ce que j'ai voulu dire." Il faut en effet s'imprégner de la poésie pour voir naître le mot corbeau à côté de Brumes et pluies", pou se laisser porter par la fumée de la bougie de "l'aube spirituelle" ou retrouver le fil du temps qui passe de "l'horloge".

 

 

Le Mot de l'éditeur : "Quelques fleurs du mal"                                               

                                                                                                                                

Depuis sa parution en 1857, Les Fleurs du Mal est sans doute l'une des oeuvres poétiques de la littérature française à avoir été le plus souvent illustrée. L'originalité de cette nouvelle édition, qui vient marquer le cent cinquantième anni­versaire de la première parution du recueil, réside non seulement dans l'approche calligraphique de l'artiste mais aussi dans sa volonté de ne mettre en images qu'un certain nombre de textes.
«Je n'ai découvert les Fleurs du Mal, que tardivement dans ma vie d'adulte, explique Sophie Verbeek. Cette lecture me bouleversa. Elle exerça sur moi une attirance et une fascination immédiates... Je me suis nourrie de cette poésie pendant plusieurs mois et, petit à petit, j'ai entamé le travail de création. Je le voulais fort, puissant, authentique et sincère comme le poète... Le choix des poèmes fut instinctif et viscéral. Sans retenue, j'ai fait corps avec cette poésie voluptueuse où le pouvoir des mots fut pour moi un terreau de recherche. Calligraphié d'une façon lisible ou illisible, j'ai voulu créer un univers graphique semé de sensualité, où le rêve, la couleur et l'angoisse se côtoient en permanence.»

Charles Baudelaire (Paris 1821-1867). Une enfance et une adolescence perturbées feront de Baudelaire un éternel révolté. Un spleen profond le pousse à rechercher l'évasion sous toutes ses formes, affichant «la supériorité aristocratique de son esprit» par un dandysme délibéré ou s'adonnant aux excitants et à la drogue. Héritier du romantisme, il exprime à la fois le tragique de la destinée humaine et une vision mystique de l'univers. Ses poèmes et son oeuvre critique sont à la source de la sensibilité moderne.

Sophie Verbeek est née en 1962. Après des études de commerce, elle se tourne vers le milieu artistique. En 1996, sa rencontre avec l'artiste belge Roger Willems qui l'initie à la calligraphie contemporaine est décisive. Elle fonde l'association Plumes et Encrier en 1999. Depuis, elle donne régulièrement des cours et ne cesse d'exposer tant en Europe qu'aux Etats-Unis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au Coeur des mots - Valérie Monin              Le Dauphiné Libéré

 Samedi 17 mars 2007                                   

                                                                                             

 

Deux ans d'un travail long et minutieux. C'est le temps qu'il a fallu à la calligraphe Thoirysienne Sophie Verbeek pour réaliser "Quelques fleurs du mal"...Après le concours du Meilleurs Ouvrier de France, les expositions, les participations à divers manifestations, il ne manquait plus qu'un livre à son inventaire. Un ouvrage qui, comme le titre le laisse entendre, tourne autour des poèmes de Charles Baudelaire : " J'ai rencontré ce poète tard dans ma vie d'adulte", explique Sophie qui, de part ses études en Angleterre, connaissait beaucoup mieux Shakespeare. "J'ai tout de suite été touchée par son authenticité, sa vérité, son côté mystique. Je me suis nourrie de cette poésie pendant plusieurs mois."

Cette découverte lui inspire des tableaux qui ont été exposés à Genève en 2004. Et puis, les hasards de le vie ont mis Sophie sur la route des Éditions Alternatives, qui proposent justement une collection consacrée à la calligraphie.

Pas seulement de la belle écriture

La jeune femme est alors amenée à compléter son oeuvre baudelairienne dans le but d'être publiée : " J'ai choisi quelques poésies qui m'ont plus touchées que d'autres. Après une lecture très approfondie de ces poésies, j'ai choisi un mot, une phrase, un paragraphe et j'ai tenté une fusion intime entre le texte et l'image. je vais au cœur des mots pour prendre une émotion." Plus encore, l'artiste souhaitait que le public se fasse une autre idée de la calligraphie, en vogue actuellement grâce à l'explosion des arts créatifs : " La calligraphie, ce n'est pas uniquement de la belle écriture. On peut aller au-delà, en interprétant une émotion à partir d'un geste graphique." Ainsi, les lecteur d'une Charogne "pourront presque sentire "cette pourriture" et entendre "les mouches" bourdonner "sur ce ventre putride" grâce à la plume de la calligraphe qui trace cette fois, des mots illisibles "pour créer une émotion", pour évoquer les entrailles constellées d'insectes. "Mais je ne suis pas obsédée par l'affreux", s'empresse de préciser Sophie Verbeek . Des pages beaucoup plus colorées s'intercalent avec des oeuvres composés de bois, de papiers frottés, de dorure, d'aquarelle. Et toujours, ces mots sorti du texte : " J e suis dans l'abstrait, le conceptuel, dans l'évocation et le monde imaginaire. Le lecteur doit chercher un peu pour découvrir ce que j'ai voulu dire." Il faut en effet s'imprégner de la poésie pour voir naître le mot corbeau à côté de Brumes et pluies", pou se laisser porter par la fumée de la bougie de "l'aube spirituelle" ou retrouver le fil du temps qui passe de "l'horloge".